(AOF) - Patrick Barbe, responsable de la gestion obligataire euro chez Neuberger Berman, a livré son analyse sur l’évolution de la politique monétaire en zone euro et ses implications pour les marchés obligataires européens."Le marché obligataire européen est entré dans une phase fondamentalement différente de celles que nous avons connues au cours de la dernière décennie. Cela provient du changement important de la forme de la courbe des taux. En zone euro, les taux courts sont désormais autour de 2 %, tandis que l’OAT à 10 ans offre environ 3,5% et l’OAT à 30 ans près de 4,4%", explique t-il.
Cette structure de "courbe pentue" redonne une rémunération claire au temps et au risque de duration, ce qui n'était plus le cas depuis plus de dix ans", précise t-il.
Patrick Barbe pose ensuite une question : est-ce encore intéressant d'acheter des obligations après le fort rallye obligataire du marché du crédit ?
"Notre réponse est nuancée. Oui, le portage est redevenu attractif grâce à courbe des taux, mais non, la performance ne viendra plus mécaniquement du resserrement des spreads", fait-il savoir.
Dans le détail, les spreads investment grade se situent aujourd'hui à leurs plus bas niveaux depuis près de dix ans, indiquant que le marché rémunère désormais peu le risque de crédit moyen. Dans ce contexte, la création de valeur repose avant tout sur les choix d'allocation pays/secteurs et la sélection des émetteurs, plutôt que sur l'exposition générale au marché.
En outre, sur le plan macroéconomique, la zone euro est installée dans un régime de croissance faible mais relativement stable. Il ne se passe pas grand-chose sur le cycle économique, mais le cycle des marchés financiers, lui, a changé.
"Après la phase de hausse des taux puis la phase de détente monétaire avec surperformance des actifs risqués comme les actions, nous entrons dans une troisième phase où les rendements restent présents, mais où la visibilité de gains en capital devient limitée. L'inflation converge vers la cible de la BCE : elle est autour de 2% en zone euro, 0,8% en France, et les derniers chiffres montrent une nette décélération des prix des biens, notamment en Allemagne, où l'inflation des biens est passée sous 1 % en glissement annuel", souligne Patrick Barbe.
Dans ce contexte, Neuberger Berman pense que "la BCE n'a aucune raison de remonter ses taux et pourrait, au contraire, être amenée à les baisser si la demande venait à décevoir ou la devise Euro trop s'apprécier au point de peser sur nos exportations".

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